Le portrait dans l'histoire de la photographie



En 1840 une révolution va bouleverser le monde de l’image, La photo se découvre au monde.

Comme déjà évoqué dans l’article sur le portrait dans l’histoire de l’art et selon un grand historien du portrait, Pierre Francastel. Pour admettre l’existence d’un portrait, il faut conjuguer 2 éléments. Le premier étant des traits individualisées et le second la possibilité d'identification du modèle. Il doit y avoir donc une volonté formelle de l’affirmation de l’identité de la personne représentée. Dans le cadre de l’existence de ces critères. La peinture ne peut garantir une représentation fidèle de la personne. Il nous faut recouper plusieurs tableaux de maîtres différents ainsi que des bustes de sculpteurs pour avoir une image approchante du caractère réel du physique de la personne.

Pour ce point évoqué, Tout parait devoir changer avec le passage aux portraits photographiques. La nature de l’image photographique et le mode de prise de vue le laisse penser. Une photographie est la trace de l’empreinte des rayons lumineux reflétés par le sujet présent devant l’objectif. Pour la majorité, il est apparu que la photo était le meilleur moyen d’obtenir des images de l’exacte ressemblance. Cependant, c’était une illusion de penser dans ce sens. Mais cette illusion va être tenace, et traverser des siècles. Elle est encore d’actualité dans l’esprit des non-initiés à cette discipline de la photo.

Dès le début de l’émergence des techniques photographiques, le portrait à trouver une place de choix. Mais se faire tirer le portrait restera longtemps un luxe. Cette technique donnera dans un premier temps la possibilité à la bourgeoise de prendre place devant les objectifs. Le caractère originel du portrait photographique va se construire autour des codes de la peinture. Ils seront appliqués pour s’identifier aux portraits de la noblesse.

Avec l’arrivée du ferrotype, une technique mise au point par Adolphe-Alexandre Martin en 1852. La rapidité du procéder et sont faible coût va ouvrir la photo vers un plus grand nombre. Ce qui ne manquera pas d’ouvrir un marché moins onéreux. Et c’est là que des catégories sociales nettement moins favorisée accèdent également aux Portraits. On va voir arriver la mise en scène dans des décors exotiques. L’image destinée à montrer une représentation mentale de soi. Elle sera récurrente. On va voir arriver une nouvelle approche. Elle sera aussi bien exploitée c’est la carte de visite photographique.


C’est pourtant toujours l’approche de l’illustration d’un statut social qu’en sera le vecteur. La raison en est simple le coût du cliché. Cela dit, une tendance à la photo de portrait de groupe va faire également son apparition. De ce passage à l’illustration des familles, de représentations de collègues dans le cadre de leur activité et autres.

Mais par la rechercher d’esthétique des photographes, Le cadre va doucement se resserrer pour aller à l’essentiel, à l’individualité. Il va découler de ce type de photographie des notions de l’idéalisation des modèles. La correction des imperfections de peau va faire son apparition. Des courant visant à percer les misères de l’âme également. Les grandes règles du portrait photographique moderne s’installent doucement.

Le portrait photographique trouvera aussi une voix dans la recherche de l’anthropologie qui découle des avancées coloniales. Je pense ici au travail d’Edward S Curtis. Il a été l'un des principaux anthropologues sociaux des Amérindiens d'Amérique du Nord et de l'Ouest américain. De 1907 à 1930, Son travail sur les tribus amérindiennes le conduit à traverser plus d’une centaine de fois les états unis pour rencontrer plus de 80 tribus différentes. Une partie de son travail fut publié dans un ensemble en vingt volumes intitulés : « The North American Indian », comprenant 2 500 photographies.


Et pendant ce temps, la révolution industrielle continue, les appareils individuels font leur apparition, de photographié, on devient photographe. À l’après-guerre, L’instantané s’accapare sa part du portrait. Il devient plus humain, plus libre. Le procéder de capture s’est bien accéléré. La souplesse technique permet des prises de vue sur le vif. On sort des studios et des instruments de tortures qui empêchaient les modèles de bouger pendant l’exposition du plan sensibilisé.

Une nouvelle ère s’installe, L’arrivée de la possibilité de reproduction de la photo imprimée va ouvrir de nouveaux horizons. C’est l’occasion de démultiplier les usages du portrait. Le portrait se veut le témoin de l’histoire. Le photo-reportage a le vent en poupe. Les journaux se vendent. On peut placer la personne, ses émotions dans son contexte. Le photojournalisme sera codifié dans l’esprit de la restitution d’une exacte vérité. Le photographe se transforme en témoin d’un événement dont il doit s’affranchir de toutes implications. Les personnes photographiées seront pour la majorité des anonymes servant la représentation photographique. Le portrait de photo reporter sert à illustrer des propos sociaux, d’actualités ou événementielle.

Mais c’est aussi le moment de détourner la photographie de portrait vers l’élément publicitaire. La société devient une consommatrice d’image, le cinéma, la télévision, la presse. Depuis bien longtemps les agences de pub y ont vu le moyen de diffuser des messages destinés à l’essor commercial. Elle va donc codifier un genre du portrait pour servir ces messages.

Et viendra également la vision des artistes qui vont s’approprier l’outil photographique pour donner au monde une charge émotionnelle. La représentation de leur vision du monde. Le portrait va être détourné au profit d’image à l’esthétique volontairement contrôlé. Des artistes photographes comme Man Ray pour n’en citer qu’un. La liste est longue et ne cesse de grandir avec la possibilité de toute un chacun d’acquérir un appareil photo

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Un vacillement identitaire.

Le portrait va être le centre des travaux dans la recherche de l’expressionniste. Des événements qui ont marqué les chaires comme à la suite des deux guerres mondiales, Avec l’apparition des gueules cassées, qui tire leurs noms des traumatismes, des blessures de guerres. Ces hommes dont les traits d’humanités ont été sacrifié à la patrie. Le reportage poignant de la libération des camps de concentrations qui marquera profondément Lee Miller au point de lui faire arrêter la photographie. Plus proche de nous les débats sur la génétique est aussi une des sources qui vont amener l’artiste photographe à exprimer. Les inspirations sont nombreuses. Les messages se multiple à l’infini. On casse les codes classiques du portrait. Francis Bacon, Christian Boltanski, Armulf Rainer, etc… vont révolutionner le genre. Et la liste ne s’arrête pas là. Toutes ces démarches vers une autres expression poussent à s’interroger sur le fondement du portrait comme le reflet d’une réalité, ou comme un point de départ d’une expression libre. La recherche du réel est bien loin des propositions d’esthétiques artistiques. C’est ce qui en fait la richesse par l’espoir de nouveauté

Et qu’en sera-t-il dans l’évolution de la photo numérique et la présence du portrait sur les réseaux sociaux. La question est posée. Ce qui est certain c’est que le portrait reste une discipline passionnante. Et qu’il va encore vivre de longs siècles.

Rendez-vous pour la synthèse des codes dans le prochain article.