Comprendre la notion de Cadre en photographie.



Pour débuter, je vais commencer par reprendre un grand classique qui accompagne toujours à un moment ou à un autre, un photographe en quête de savoir. Il entendra parler de l'instant décisif. Cette expression qui nous conduit inévitablement à Henry Cartier Bresson. Personnellement, je pense qu'il est important de préciser ce qui se cache dans l'instant décisif. Et cette précision va nous amener vers la gestion de nôtre cadre en photographie.

Quand on parle d'instants décisifs. On assimile cette expression au moment fort, à la pointe dramatique et tendue d'une action. S'arrêter à cet aspect, c'est perdre le sens réel de la définition d'Henry Cartier Bresson. Il faut plutôt entendre ceci, c'est la faculté de reconnaître un moment visuellement fort. Il nous parle de l'aspect général des éléments qui vont faire une photographie et pas de l'intensité extrême contenue dans une action. L'instant décisif réellement est le moment précis où toutes les pièces qui constituent la photo se répondent. C'est le moment clé ou tout tient dans la composition. Et que l'équilibre s'installe dans le cadre. C'est le constat que l'on peut faire au retour d'une séance de photographie. On analyse nos clichés sous forme de vignettes tel une planche de contact du temps de l'argentique. Et on repère les photos qui fonctionnent bien. En fait tout tient à la composition, c'est la réponse géométrique de l'intention photographique. A certain moment la magie opère. A d'autres moment, il ne se passe rien. Ce n'est visuellement pas concluant. Il est difficile de donner une approche théorique de ce moment, de cet instant privilégié. Car cela dépend entièrement de l'intention et du regard de l'auteur.

Travailler la photo et dans toutes les disciplines, c'est prendre conscience du cadre. C'est l'aborder avec sa vision. Mais, Parlons du portrait dans notre cas. Pour un même modèle, pour un même lieu et une lumière identique, Chacun va aborder la scène différemment. Certains vont s'attarder sur l'élément lumière et composer en fonction d’elle. D'autres vont chercher la simplicité à épurer au maximum. Et d'autres vont complexifier le cliché en fessant entrer beaucoup de paramètres. Mais même la photo la plus chaotique pour fonctionner doit être un acte conscient de l'auteur pour sélectionner ce qu'il va rentrer ou pas dans le cadre.


je vous invite à regarder le reportage Contact avec Robert Doisneau

document en français. Robert Doisneau décortique son travail sur la lecture des planches contacts

La définition du cadre.

En photographie, au cinéma, en vidéo et télévision, le cadre détermine les limites de l'image pour un format donné.

C'est un bon début. Allons plus loin, le cadre s'applique également à la peinture et au dessin. Il existe une différence majeure entre les disciplines qui capture la lumière tel qu'elle est transmise à la zone sensible que sont la photo, la vidéo, etc... Pour la peinture ou le dessin. Le processus créatif est inversé par rapport à la photographie. Un artiste peintre va construire dans son cadre la scène en ajoutant des éléments qui ont du sens pour l'histoire. Et il les placera à l'endroit qui convient le mieux à la composition. En photographie, c'est l'élimination des éléments inutiles qui va être le gros du travail. On peut donc dire que la photographie est un art qui s'appuie sur une matière première existante. On va donc inclure ou exclure du cadre certaines choses suivant le sens de la narration. Notre rôle est de conduire le lecteur de l'image à voir ce que l'on veut qu'il regarde. Les éléments que nous avons délibérément mis hors cadre n'ont donc pas d'incidence sur la scène. Ce qu'il reste c'est la synthèse du message véhiculé par le cliché. Le côté intéressant pour nous. C'est que le lecteur ne sait pas ce qu'il se passe en hors champ. Nous pouvons donc alors l'inviter à créer une histoire pour donner un sens à ce qu'il regarde. Le hors cadre participe à la suggestion lorsque les limites du cadre sont utilisées de manière créative. Pour nous le cadre est un outil de sélection au même titre que nos outils des recadrages logiciels ou du cadre d'exposition en chambre noire.


Inclure un objet ou un être vivant dans votre cadre c'est lui donner de l'importance. Il va faire partie du propos, de la narration. Il sera peut-être déterminant pour asseoir un contexte, ou sera utilisé comme apport d'échelle ou décoratif. Mais, tous ces éléments compte, le photographe à se pouvoir de rendre signifiant ce qui pourrait paraitre insignifiant par le cadre. Cela permet de rendre visible ce qui passait inaperçu. Je n'ai pas encore abordé la notion de cadrage qui est régie par l'ensemble des règles de compositions.

Le cadre et son respect, c'est la force de la photographie. Il faut bien se mettre en tête que des millions de photos sont prises dans le monde au moment où vous lisez cet article. Le cadre permet de définir l'emplacement des objets ou être vivant pour le meilleur ou pour le pire. Ils sont capturés dans un univers qui est propre à un instant T de leur existence. Il attire le focus sur des éléments de la vie quelquefois insoupçonnés. De la même manière que nous aimons des citations, des dialogues de film qui nous ont marqué. Le cadre de l'image permet de créer des citations de la vie visuelle. Au même titre qu'une citation extrait de films culte, les photos doivent devenir une réplique incontournable de la vie que nous traversons. C'est une citation qui sortit de son contexte porte en elle seule une histoire. Et dans cette histoire, le spectateur projettera le sens profond de son expérience de vie. Il y balancera son interprétation dictée par ses expériences (ses doutes et certitudes).

Sur ce constat, il est absurde de vouloir croire que l'appareil photo est un témoin de la vie qui ne ment pas. Tel que l'on voudrait bien l'affirmer dans les règles du photojournalisme. Nous pouvons prendre des libertés grâce au cadre, créer des mondes de toutes pièces.

Avec la photo, on balance des poussières de vie qui sont le reflet de nos projections d'images personnelles. En utilisant le cadre nous invitons l'esprit à se focaliser sur des points judicieusement sélectionnés ou pas.

Prendre conscience du cadre d'un format, c'est entrer dans un raisonnement qui veut que l'on garde à l'esprit la manière dont le spectateur va faire la lecture de celui-ci. Cette approche doit se faire de la prise de vue à la post-production. Si on plante un élément dans l'image, c'est qu'il y a une bonne raison de l'y placer. L'interaction entre tous les éléments doivent fonctionner en termes d'histoire pour ne pas perdre le lecteur. Nous sommes donc responsables de la construction de l'image. Cela implique de ne pas se réfugier dans des excuses style oui « Mais, c'était comme ça ». Un message doit être travaillé pour trouver le meilleur moyen d'éliminer ce qui n'est pas important.

Car toutes les scènes en fonction de l'instant choisi, ne sont pas toutes bonnes à éditer. C'est avec ce travail sur le cadre que les photographes les plus reconnus ont extrait de leurs productions les clichés extraordinaires du banal. Et que certains d'être eux juste par le pourvoir du cadre, ont transformé la banalité en photo extraordinaire, en s'attardant longuement sur l'essentiel qui compose dans le cadre. Ce qui nous conduit vers le cadrage et la composition. Je l'aborderai pour le portrait dans le prochain article.



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