Les bases de la composition- La grammaire de l’image.



Que ce soit dans le portrait photographique ou dans toutes œuvres artistiques. La composition, c'est l'art de l'organisation de chacun des éléments visuels présent dans un format donné. Ces éléments ont leurs caractères spécifiques comme la dimension, la forme et la couleur. On va les organiser autour de diagonales, de verticales et des horizontales qui divisent le cadre. L'équilibre de la composition est directement associé aux différentes composantes de l'image. Elles vont s'articuler autour de la grammaire et le sens de lecture de celle-ci. Nous allons aborder des concepts qui ne sont cependant pas des règles qui s'appliquent en toutes circonstances.

Commençons par le sens de lecture et la grammaire de l'image.

Voici l'élément le plus important à mon avis. C'est une aide à la prise de décision avant d'arrêter votre image. Nous passons en une fraction de seconde en revue une série de questions. Avec l'habitude, le cerveau se conditionne pour apporter des solutions en temps réel. La mise en place du processus peut être long et passe par la lecture de vos images et celles d'autres auteurs. Elle fonctionne de la même façon dans les discipline offrant des représentations graphiques dans deux dimensions.

Une image se lit comme un texte. Elle sera lue avec les acquis culturels qui accompagnent l'auteur depuis son enfance. Suivant les origines, la lecture s’effectuera peut-être de gauche à droite, de droite à gauche ou de haut en bas.

Dans la culture occidentale, nous écrivons de gauche à droite en partant du haut de page vers le bas. Cela détermine de suite notre entrée dans l'image. On va lire l'image comme nos textes.

L'œil balaye et zigzague le format de l'angle supérieur gauche de l'image à son angle inférieur droit. Pour faciliter cette lecture, il est primordial d'agencer au mieux les éléments visuels inclus dans le cadre (l’article les cadre en photographie). Les composantes les plus importantes doivent être identifiées le plus rapidement possible. Pour cela il faut bien comprendre que notre regard n'accorde pas la même priorité à tous les constituants visuels de l'image. Nous allons ordonner dans une hiérarchie. Nous devons donc penser en termes de la lecture intuitive.

Comment l'œil et le cerveau lisent une image – qu'est ce qui retient en premier leur attention.

Dans l'absolu, trois grandes familles d'éléments visuels sont distinguées. En premier lieu, notre œil regarde les créatures vivantes. Dans notre approche le portrait est un sujet vivant. Il sera en effet l'élément principal de l'image. En deuxième position, les éléments mobiles (véhicules, êtres vivants dans l'action). La troisième position est occupée par les objets inanimés ou fixes.

Il faut noter cela dit que la combinaison des êtres humains avec le mouvement sont lus avant leurs homologues fixes. Il faut cependant que les déplacements et les gestes soient bien retranscrits sur le cliché. Une mauvaise capture fera disparaitre la lisibilité du mouvement et nuira tout simplement à la lecture de l'image.


Il faut parler de la netteté. Dans la première lecture, dans la lecture intuitive de l'image, L'œil a un comportement particulier. Il recherche le point net. Si la netteté est soignée. Elle vous apportera une matière importante pour préciser l'élément principal. En effet, nous nous arrêtons sur le point net de l'image. Dans le cadre d'un portrait la netteté s'organise autour des yeux. En plus de ce comportement complètement mécanique du regard à la lecture de l'image. Le point focus d'une image en photographie est le point de départ de la qualité du dégradé des tonalités d'une photo (C'est ce dégradé qui va être déterminant dans l'esthétique de votre photo). Et, ce point est d'autant plus important que vous choisissez de réduire la profondeur de champ. Nous y reviendrons dans un article dédié à la netteté et les moyens de l'obtenir dans la pratique du portrait.

Il nous reste à attirer l'attention sur un dernier point de la mécanique de lecture d'une image. C'est la lumière qui prédomine. L'œil cherche les zones les plus claires de votre cliché. C'est la raison pour laquelle un contrôle de la lumière est un point clé de la réussite de celle-ci. Elle doit correspondre à votre approche d'auteur. Mais se tromper c'est semer le doute dans l'évidence du message. J'insiste sur un point ici, on ne capture pas une scène pour la scène. Mais on capture la lumière qui donne de l'importance à la scène.

Voici une citation d'une figure emblématique de la photo d'art en Belgique !

"Observez donc la lumière, vous ne la connaissez pas, vous ne la soupçonnez pas ! Vous photographiez les choses pour ce qu'elles sont, alors que vous ne devriez le faire que pour ce qu'elles paraissent, c'est-à-dire pour ce qu'en font la lumière, l'atmosphère. La lumière fait resplendir toute chose ; elle transfigure et ennoblit les sujets les plus humbles, les plus vulgaires. Le sujet n'est rien, la lumière est tout ! Apprenez donc à découvrir cette lumière favorable, c'est elle qui fait le tableau. Savoir voir est la qualité essentielle du photographe, c'est aussi la plus difficile à acquérir."

Léonard Misonne.

(Un photographe belge reconnu sur la scène internationale. Pourtant il n'a jamais, paradoxalement, quitté la petite ville de Gilly, près de Charleroi, où il est né et où il mourut. Après des études d'ingénieur à l'université de Louvain, il vécut de ses rentes, s'adonnant à sa passion de la photographie).

Dans le processus photographique, l'approche d'une scène s'effectue généralement par l'émotion face à une lumière qui joue avec un sujet. Qu'elle soit naturelle ou complètement artificiel voir un mixte des deux. C'est d'abord une ambiance qui prime. On aborde son cliché en étant sensible à cet aspect. Par contre, rater le rendez-vous avec la lumière, ou, prendre le choix d'un mauvais placement peut nuire à la photo. Ces choix auront un impact sur l'ambiance. Il faut vraiment y faire attention pour éviter toutes distractions inutiles dans l’image. La lumière, c'est l'actrice principale de votre scène. Elle mérite qu'on s'y intéresse. Elle ne mérite pas une exposition approximative.

Ensuite, nous devons articuler les réflexes de la capture autour des points importants. Un focus par la lumière pour amener le lecteur sur le sujet principal. On va se faire aider également par la netteté. Elle a la faculté de représenter un ordre d'importance par l'application d'une profondeur de champ. C'est ce qui fait le charme de l'acte photographique. On peut isoler un sujet en y plaçant son point focus. C'est le point de départ d'une esthétique propre à sa vision personnelle du monde. Ce n’est pas toujours simple de la projeter comme tel. En effet notre vision binoculaire n’est pas sensible à la profondeur de champ de manière naturelle. On va donc devoir expérimenter et jouer avec ces rendus.

Et pour terminer nous penserons à l'ordre d'importance propre à notre instinct de survie. On repère d’abord le vivant, le mouvement, le mouvement du vivant. C’est le propre de notre mémoire collective héritée de nos ancêtres chasseurs cueilleurs. Elle s'articule autour de cette faculté à reconnaître

très vite le vivant. Et de l'analyser en une fraction de seconde. C'est un des éléments les plus déterminant pour nous dans la pratique du portrait photographique cette hiérarchie.